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Ehrlichiose canine

  • 18 juin 2023
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 mars 2025


L'ehrlichiose canine, bien qu'endémique dans certaines régions de l'Amérique du Nord, présente une prévalence variable. Aux États-Unis, notamment dans les régions du Sud et du Sud-Est où le climat est plus chaud et humide, les tiques vectrices de la maladie sont particulièrement actives, rendant l'ehrlichiose plus commune. En comparaison, au Québec, l'incidence de l'ehrlichiose est généralement plus faible. Le climat plus froid et les hivers rigoureux du Québec limitent la population de tiques et réduisent la période d'activité de ces vecteurs, ce qui diminue le risque de transmission de l'ehrlichiose. Cependant, avec les changements climatiques et l'extension vers le nord des aires de répartition des tiques, le Québec pourrait voir une augmentation de la prévalence de cette maladie. Il est donc important que les vétérinaires et les propriétaires de chiens soient vigilants et informés des meilleures pratiques de prévention et des signes de la maladie, même dans des régions moins endémiques comme le Québec.


Étiologie:

L'ehrlichiose canine est une maladie infectieuse provoquée par des bactéries du genre Ehrlichia, principalement Ehrlichia canis. Ces microorganismes sont des bactéries intracellulaires obligatoires, ce qui signifie qu'elles vivent et se multiplient à l'intérieur des cellules hôtes de l'animal infecté, spécifiquement dans les globules blancs. Leur capacité à résider à l'intérieur des cellules du système immunitaire complique la réponse immunitaire du chien et rend le traitement plus difficile.


La transmission d'Ehrlichia canis aux chiens se fait principalement par la morsure de tiques infectées. Le vecteur le plus courant est la tique brune du chien (Rhipicephalus sanguineus), bien que d'autres espèces de tiques puissent également servir de vecteurs. Lorsqu'une tique porteuse de la bactérie se fixe sur un chien pour se nourrir de son sang, elle peut transmettre la bactérie dans le système sanguin du chien.


Le cycle de vie de l'Ehrlichia comprend plusieurs stades, y compris la phase de transmission par la tique, l'infection et la multiplication à l'intérieur des cellules hôtes, et la réinfection de nouvelles tiques qui se nourrissent de l'animal infecté. Ce cycle permet à l'infection de se propager efficacement entre les hôtes canins et les populations de tiques.


Symptômes:

L'ehrlichiose canine peut se manifester par une gamme étendue de symptômes qui varient en fonction du stade de la maladie (aigu, subclinique, ou chronique) et de la réponse individuelle de l'animal infecté. La période d'incubation, c'est-à-dire le temps entre l'exposition à la tique infectée et l'apparition des symptômes, peut varier de plusieurs jours à quelques semaines. Voici une liste détaillée et enrichie des symptômes observés à différents stades de l'ehrlichiose:


  1. Phase aiguë (début de l'infection):

    • Fièvre élevée et soudaine: Une température corporelle qui peut atteindre 40-41°C (104-105.8°F), souvent le premier signe remarquable.


    • Léthargie et dépression: Le chien peut sembler moins énergique ou intéressé par ses activités habituelles.


    • Perte d'appétit: Diminution marquée de l'intérêt pour la nourriture, pouvant conduire à une perte de poids si non traitée.


    • Douleurs musculaires et articulaires: Raideur ou boiterie, le chien peut hésiter à se lever ou à se déplacer.


    • Gonflement des ganglions lymphatiques: Peut être palpable sous la peau, surtout autour du cou, des épaules et des hanches.


  2. Phase subclinique:

    • Si l'infection n'est pas détectée et traitée pendant la phase aiguë, elle peut entrer dans une phase subclinique où le chien semble se rétablir mais l'infection persiste en silence.


    • Absence de symptômes visibles: Le chien peut ne présenter aucun signe externe de maladie, rendant la détection difficile sans tests spécifiques.


  3. Phase chronique (infection prolongée):

    • Sans traitement, la maladie peut progresser vers une phase chronique, présentant des symptômes plus sévères et potentiellement mortels.


    • Anémie sévère: Pâleur des gencives due à la réduction du nombre de globules rouges, conduisant à une fatigue extrême.


    • Thrombocytopénie chronique menant à des saignements spontanés: Épistaxis (saignement de nez), présence de sang dans les urines (hématurie) ou les selles (méléna), et saignement sous-cutané (ecchymoses).


    • Problèmes neurologiques: Changements de comportement, désorientation, et dans des cas graves, convulsions.


    • Signes oculaires: Uvéite (inflammation de l'uvée), conjonctivite, et troubles de la vision.


    • Dysfonctionnement d'organes: Insuffisance rénale ou respiratoire, hépatite.


Diagnostic:

Le diagnostic précis de l'ehrlichiose canine est crucial pour une prise en charge efficace et opportune. Étant donné la diversité des symptômes et leur similitude avec d'autres maladies infectieuses ou non infectieuses, une approche diagnostique méthodique est indispensable. Voici les principales étapes et méthodes utilisées dans le diagnostic de l'ehrlichiose:


  1. Examen clinique:

    Le processus diagnostique débute par un examen clinique complet, au cours duquel le vétérinaire évalue les symptômes présentés par le chien et recueille un historique détaillé auprès du propriétaire, incluant l'exposition potentielle aux tiques et les antécédents de santé de l'animal.


  2. Tests sanguins de base:

    Hémogramme complet (CBC): Peut révéler des signes d'anémie, de thrombocytopenie (faible nombre de plaquettes), ou de leucopenie (faible nombre de globules blancs), indicateurs communs de l'ehrlichiose.


    Biochimie sanguine: Fournit des informations sur le fonctionnement des organes internes qui peuvent être affectés par l'infection.


  3. Tests spécifiques à l'ehrlichiose:

    Test ELISA (Enzyme-Linked Immunosorbent Assay): Détecte les anticorps contre Ehrlichia dans le sang, indiquant une exposition à la bactérie. Toutefois, il faut noter que les anticorps peuvent ne pas apparaître avant plusieurs semaines après l'infection.


    PCR (Polymerase Chain Reaction): Recherche l'ADN de Ehrlichia dans le sang ou dans la moelle osseuse. Ce test est particulièrement utile pour confirmer une infection active, même en l'absence d'anticorps.


    Frottis sanguin: Examination microscopique du sang pour détecter la présence de morulae d'Ehrlichia dans les globules blancs, bien que cette méthode soit moins sensible que la PCR.


  4. Autres examens:

    Dans certains cas, des examens complémentaires peuvent être nécessaires pour évaluer l'étendue des dommages causés par l'infection ou pour exclure d'autres maladies aux symptômes similaires:


    Analyse d'urine et détection de protéines dans les urines (UPCR): Permet de détecter la présence d'une glomérulonéphrite (inflammation des reins).


    Imagerie médicale (radiographies, échographie): Peut être indiquée pour évaluer l'impact de l'infection sur les organes internes.


    Analyses de fluides corporels: Peuvent être réalisées pour examiner d'autres complications possibles de l'infection.


    Un diagnostic précis permet non seulement de confirmer la présence de l'ehrlichiose mais aussi de déterminer le stade de la maladie, ce qui est essentiel pour élaborer un plan de traitement approprié. En outre, la surveillance régulière par des tests spécifiques peut aider à évaluer l'efficacité du traitement et à ajuster la prise en charge si nécessaire.


Traitement:

Le traitement de l'ehrlichiose canine vise à éliminer l'infection bactérienne, atténuer les symptômes, et prévenir les complications à long terme. La stratégie thérapeutique dépend de plusieurs facteurs, y compris le stade de la maladie au moment du diagnostic et la réponse individuelle de l'animal au traitement.


  1. Antibiothérapie:

    Doxycycline: L'antibiotique de choix pour le traitement de l'ehrlichiose est la doxycycline, administrée par voie orale pendant au moins 4 à 6 semaines. Ce médicament a démontré une grande efficacité contre Ehrlichia canis et aide à prévenir les complications chroniques.


    Autres antibiotiques: Dans les cas où la doxycycline n'est pas tolérée ou en présence de résistances spécifiques, d'autres antibiotiques tels que la minocycline, l'enrofloxacine ou la rifampicine peuvent être envisagés, selon les recommandations du vétérinaire.


  2. Soutien symptomatique:

    Gestion de la douleur et de l'inflammation: Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent être utilisés pour soulager la douleur et l'inflammation articulaire.


    Traitement des symptômes sévères: Dans les cas de symptômes graves, tels que l'anémie sévère ou les troubles de coagulation, des transfusions sanguines ou des traitements spécifiques pour stabiliser l'état du chien peuvent être nécessaires.

  3. Suivi et gestion à long terme:


    Surveillance: Des analyses sanguines répétées sont essentielles pour surveiller la réponse au traitement et ajuster le plan thérapeutique si nécessaire. Cela inclut le suivi des indicateurs de l'anémie, des plaquettes, et d'autres paramètres sanguins.


    Prévention des rechutes: Après la fin du traitement, une surveillance continue est recommandée pour détecter d'éventuelles rechutes ou complications à long terme. Les propriétaires doivent être attentifs à tout nouveau symptôme et maintenir des mesures préventives contre les tiques.


Prévention:

La prévention de l'ehrlichiose chez les chiens repose principalement sur la réduction de l'exposition aux tiques et sur le maintien d'une bonne santé globale, permettant ainsi de minimiser les risques d'infection. Voici des mesures de prévention essentielles:


  1. Contrôle efficace des tiques:

    Utilisation de produits antiparasitaires: Appliquer régulièrement des produits préventifs contre les tiques, tels que des colliers antiparasitaires, des pipettes spot-on, des comprimés à action prolongée, et des sprays. Il est crucial de choisir un produit adapté au style de vie de votre chien et à l'environnement dans lequel il vit, en suivant toujours les recommandations du vétérinaire.


    Vérification quotidienne de la présence de tiques: Examiner soigneusement le pelage de votre chien chaque jour, en particulier après des promenades dans des zones susceptibles d'abriter des tiques, comme les zones boisées, les hautes herbes, et les parcs. Les tiques préfèrent souvent se fixer dans des zones moins visibles comme les oreilles, entre les doigts, sous les aisselles, et autour du cou.


    Retrait correct des tiques: Si une tique est trouvée, elle doit être retirée immédiatement à l'aide d'un crochet à tiques, en prenant soin de retirer l'ensemble de l'organisme, y compris la tête, pour éviter l'infection. Après le retrait, désinfectez la zone avec une solution antiseptique.


  2. Gestion de l'environnement:

    Entretien régulier des espaces extérieurs: Maintenir les pelouses courtes et éliminer les débris et les feuilles mortes où les tiques peuvent se cacher. Créer une barrière physique, comme une bordure de gravier ou de copeaux de bois, entre les zones de vie et les zones boisées peut réduire l'accès des tiques à l'espace de vie du chien.


    Limitation de l'exposition: Autant que possible, évitez de laisser votre chien errer dans les zones à haute densité de tiques, particulièrement pendant les mois chauds lorsque les tiques sont plus actives.


  3. Sensibilisation et éducation:

    Connaissance des risques: Être informé sur les zones géographiques à haut risque d'ehrlichiose et les périodes de l'année où les tiques sont les plus actives peut aider à prendre des précautions supplémentaires durant ces moments.


    Consultations vétérinaires régulières: Les visites régulières chez le vétérinaire pour des examens de santé permettent non seulement de détecter et de traiter précocement les infestations par les tiques, mais aussi de discuter des meilleures stratégies de prévention spécifiques à votre chien.


Pronostic:

Le pronostic de l'ehrlichiose chez le chien dépend de plusieurs facteurs clés, notamment le stade de la maladie au moment du diagnostic, la rapidité et l'efficacité du traitement initié, ainsi que l'état de santé général de l'animal. La prise en compte de ces éléments permet d'orienter les attentes concernant le rétablissement de l'animal et la gestion à long terme de la condition.


  1. Diagnostic précoce et intervention rapide:

    Stades précoces: Lorsque l'ehrlichiose est diagnostiquée et traitée à un stade précoce, le pronostic est généralement bon. Avec une thérapie antibiotique appropriée, la plupart des chiens montrent une amélioration rapide des symptômes et un rétablissement complet est souvent possible.


    Intervention rapide: La rapidité de l'intervention après l'apparition des symptômes est cruciale. Un traitement commencé rapidement peut prévenir l'évolution vers des formes plus sévères de la maladie et diminuer le risque de complications à long terme.


  2. Gestion des cas chroniques:

    Formes chroniques: Les chiens qui développent une forme chronique de l'ehrlichiose peuvent avoir un pronostic plus réservé. Bien que de nombreux animaux puissent encore répondre au traitement, la gestion de la condition peut nécessiter une approche plus prolongée et, dans certains cas, des interventions répétées pour gérer les symptômes récurrents ou les complications.


    Complications potentielles: Les complications telles que l'anémie sévère, les problèmes rénaux, ou les troubles de la coagulation peuvent affecter le pronostic. Un suivi vétérinaire régulier est essentiel pour surveiller ces conditions et ajuster le traitement au besoin.

  3. Facteurs influant sur le pronostic:

    Santé générale: L'état de santé général du chien avant l'infection joue un rôle important dans le pronostic. Les animaux en bonne santé avec un système immunitaire robuste sont généralement mieux équipés pour lutter contre l'infection.


    Réponse au traitement: La manière dont un chien répond au traitement antibiotique peut également influencer le pronostic. Une surveillance attentive et des ajustements thérapeutiques basés sur la réponse individuelle sont cruciaux.


Conclusion:

L'ehrlichiose canine, bien que potentiellement grave, peut être efficacement gérée grâce à une détection précoce et un traitement adapté. La clé réside dans une vigilance accrue de la part des vétérinaires et des propriétaires de chiens, surtout dans des régions comme le Québec où les changements climatiques pourraient modifier le risque d'exposition. L'importance de la prévention ne saurait être sous-estimée ; l'utilisation régulière de traitements antiparasitaires et des examens vétérinaires périodiques peuvent jouer un rôle crucial dans la protection des chiens contre cette maladie. En outre, éduquer les propriétaires sur les risques associés aux tiques et sur les mesures préventives efficaces est essentiel pour réduire l'incidence de l'ehrlichiose. Avec une approche proactive et des soins attentifs, il est possible de minimiser l'impact de cette maladie sur la santé canine, assurant ainsi une qualité de vie optimale pour nos compagnons à quatre pattes.


Charles Vétérinaire

Vétérinaire à Montréal

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